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JOURNAL "LA LIBRE BELGIQUE" (Belgique) - 20 JUIN 2002



La voix suave de la belle Ambrosia Pairsley est de retour. Emois garantis. Un nouvel album - `Rough dreams´ - et un retour en concert à Bruxelles..


ENTRETIEN

"Nous vivons une période effrayante..."
Lorsqu'elle ouvre grands ses yeux pour glisser cette phrase avant de laisser un silence plein envahir la pièce, on serait prêt à tout pour apaiser ses craintes. Ambrosia Pairsley, troublante voix du groupe américain Shivaree, est de retour avec un nouvel album, intitulé "Rough dreams". Samedi, elle sera en première partie de David Byrne à l'Ancienne Belgique. Et promis, elle reviendra à la rentrée, vraisemblablement aux Nuits Botanique.

"Les temps qui viennent seront noirs si l'on ne fait rien", poursuit cette Américaine née en Californie, dans la vallée de San Fernando, et installée désormais sur la côte Est. "Personne n'est prêt à partager, à faire des compromis... Chacun veut suivre sa propre voie, trouver ses propres plaisirs... Mais cela ne fonctionnera jamais comme ça! Regardez tous ces pays qui s'affrontent à l'heure actuelle !" On pensait lancer une perche dans le vide en parlant de politique et voilà cette douce personne qui s'emporte dans un élan humaniste.
"Nous avons la chance, nous artistes, d'apporter un peu d'espoir et de douceur. Oui, finalement, un zeste de paix. Ce n'est pas rien!"

La chanteuse de Shivaree est une femme romantique. Fondamentalement. Le premier single du groupe issu du nouvel album en témoigne. Il s'appelle "John 2/14". "Parce que je ne supporte par le jour de la Saint-Valentin", dit-elle. "Il me semble que l'on peut être romantique toute l'année, non? Vous, vous aimez la Saint-Valentin?" Que répondre ?


Le premier album de Shivaree, sorti il y a un peu plus de deux ans, a rencontré un beau succès. Surtout de ce côté de l'Atlantique, d'ailleurs, la palme revenant à la France où Ambrosia a fait chavirer bien des coeurs. Ce disque avait un nom impossible: "I oughtta give you a shot in the head for making me live in this dump" ou "Je devrais t'en coller une dans le citron pour me faire vivre dans ce taudis". "C'était une série de sketches formant un ensemble cohérent", souligne Ambrosia Pairsley.
"On ne peut pas refaire cela deux fois."

Le nouvel opus est donc le fruit d'une évolution, tant sur le plan musical qu'au niveau de l'écriture. "Nous sommes devenus plus mûrs", explique-t-elle.
"Cela fait six ans que je connais Duke (Mc Vinnie, guitariste - NdlR) et Danny (Mc Gough, organiste - NdlR) et tout vient désormais de façon plus naturelle."

Avec des influences diverses et multiples, même si les racines country dominent toujours. Au beau milieu des bois où elle réside, cette chanteuse, qu'un hebdomadaire qualifie de "gorge profonde" écoute à peu près tout ce qui lui passe sous la main, du rock au jazz en passant par le gospel, l'electronica ou le tango. Il en résulte des métissages typiquement américains. "Cela fait partie de notre expérience de mettre des choses ensemble", avance-t-elle. Puis, un rire s'envole. Une bulle d'air.

Si les éclats de la chanteuse étonnent, sa voix vibrante et ses intonations théâtrales confèrent une dimension très intimiste au travail de Shivaree. Tout comme ces paroles ciselées ressemblant à des contes.
"Quand j'étais petite, lors de mes fêtes d'anniversaire, je demandais à ma grand-mère qu'elle me parle de sa vie dans les années 1920. Aujourd'hui, je préfère écouter des histoires plutôt que de m'abrutir devant la télévision."

Ambrosia égrène dans ses chansons des parcelles de vie. En les camouflant "parce qu'un artiste doit apprendre à ne pas trop s'exposer tout en faisant ressentir des émotions à son public". C'est le cas de "StealingHome", ce morceau composé pour Paddy, soeur du guitariste. Le groupe l'a accompagnée lors de sa longue maladie, voyageant avec elle au plus profond de l'Amérique.
"Ce morceau vit intensément en nous. Mais chacun peut y mettre ses propres émotions."

"Rough dreams" sous le bras, Ambrosia s'apprête à bouleverser à nouveau les publics du monde avec son regard flou et ses déhanchements. "Voyager? J'aime ça!", clame-t-elle
. "Particulièrement en Europe où l'on apprécie les bons vins. Mais vous ne pouvez pas imaginer à quel point j'angoisse à l'idée de monter sur scène."

La première fois qu'elle en a foulé une, en Europe, c'était au Botanique de Bruxelles. À vrai dire, chacun en garde un souvenir ému.

Nouvel album "Rough Dreams" (EMI). Shivaree est en première partie de David Byrne à l'Ancienne Belgique de Bruxelles, ce samedi 22 juin 2002.


Olivier Mouton